Intervention de Jérôme Cucarollo sur le dispositif « portable en pause »

portable en pause
intervention de Jérôme Cucarollo sur le dispositif « portable en pause »

La surexposition aux écrans de téléphones portables chez les plus jeunes a montré ses effets délétères ces dernières années : troubles du sommeil, troubles du comportement alimentaire, exposition à la cyberviolence, au harcèlement…

La dernière étude en date a été produite par l’Anses en janvier dernier. Elle compile cinq ans de recherches et d’analyses. Le constat est sans appel : « Les principes de conception des réseaux sociaux numériques exploitent des vulnérabilités propres à l’adolescence. »

Des recommandations émises par l’ANSES

Le rapport émet des recommandations autour de quatre axes : la sécurisation et la régulation de l’environnement numérique, le développement de l’éducation à l’image et au numérique, la prévention des effets sur la santé, et enfin le développement de la recherche sur les effets et les usages des réseaux sociaux.

Il préconise aussi des mesures concrètes : limiter l’exposition des jeunes au portable, en soirée surtout, et développer les espaces de socialisation hors ligne. L’appel à projets « Portable en pause » ne répond à aucune de ces préconisations, ou de manière très parcellaire.

Il évoque une expérimentation sur six collèges et 1 500 élèves, sans apporter aucun résultat chiffré ni concret. Pire, il déclare que le dispositif est efficace à certaines conditions : concertation, contrôle effectif, accompagnement éducatif. Ces conditions sont très lourdes à porter pour les établissements, et elles ne sont pas financées.

En effet, le Département prévoit de payer l’objet : la pochette anti-ondes. Il laisse tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, à l’Éducation nationale. Le texte reconnaît que la pochette ne suffit pas. Il exige pourtant des moyens humains (AED, CPE), de la concertation et un suivi. Il faut aussi remplacer les pochettes perdues. Le tout sans moyen supplémentaire. C’est un transfert de charge vers les collèges et les familles.

Un dispositif inéquitable et fragile

De fait, le projet ne pourra pas se développer de manière équitable sur tout le territoire. Le volontariat, associé à l’absence de financement, favorise les collèges qui ont du temps et une équipe stable. Ce sont eux qui pourront déployer le dispositif efficacement, et donc candidater. Les collèges en tension, qui en ont probablement le plus besoin, ne pourront pas s’y inscrire efficacement.

Le cyberharcèlement hors temps scolaire est pourtant un sujet majeur et grave. Il peut mettre en danger des jeunes, en particulier des jeunes femmes et des personnes LGBTQIA. Il n’est absolument pas évoqué.

Le coût, 600 000 €, n’indique rien de la durabilité et du réemploi des pochettes. D’autant que ce dispositif, déployé pour 750 000 € en Savoie, a été déjoué par les élèves dès le premier jour. Ils en ont immédiatement fait des tutoriels vidéo sur TikTok !

Le groupe IES rappelle l’importance de déployer de vraies politiques de prévention, d’accompagnement et d’éducation. Pas des mesurettes de contrôle. C’est un véritable enjeu de santé publique.

Par ailleurs, tous les collèges disposent déjà de casiers pour leurs élèves. Pourquoi ne pas obliger à y déposer les portables le matin ? Ce serait une alternative sobre et économique à ce projet.

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