Intervention de Thierry Badouard sur L’aéroport de St-Etienne de St-Geoirs

L’été 2026 restera dans les mémoires : canicule précoce et suffocante, sécheresse exceptionnelle, restrictions d’eau dans nos communes. Dans ce contexte, nous examinons les rapports d’activité des délégations de service public, dont celui de l’aéroport de Saint-Geoirs. Je dois dire que la lecture de ce rapport laisse perplexe, pour ne pas dire davantage.
Partout, de l’État aux collectivités, on nous somme de faire des économies et de nous serrer la ceinture. Dans le même temps, le Département continue pourtant de financer massivement une activité parmi les plus polluantes : le transport aérien.
En 2025, près de 2,5 M€ (2,458 M€) d’argent public ont été versés à l’aéroport de Saint-Geoirs. Cet argent permet à quelques privilégiés anglais de venir en vacances quelque part dans les Alpes. Le fameux effet de ruissellement sur l’Isère n’a jamais été prouvé. Rapportée aux 255 000 passagers de 2025, la subvention représente près de 10 € par passager. C’est comme si le Département donnait 10 euros d’argent de poche à chaque passager de l’aéroport. On ne sait même pas s’ils ou elles les dépensent en Isère.
À titre de comparaison, cette subvention de 2,5 M€ est supérieure à la dotation territoriale de 12 territoires sur 13 en Isère. Par habitant, la dotation territoriale du TAG est de 8,2 €. Chacune et chacun des 463 000 habitants du territoire reçoit donc 17 % de moins que l’argent de poche distribué aux passagers de l’aéroport. Pour une institution cheffe de file de la solidarité, avouez qu’on a fait mieux.
Une dépense imposée à l’État, des usages qui interrogent
Et ce n’est pas tout. Pour la part régalienne, c’est-à-dire le contrôle aux frontières, la charge pour l’État s’élève à 4,8 M€ par an. En maintenant la plateforme ouverte à ce niveau de trafic, le Département force la main de l’État. Il lui impose une dépense de 4,8 M€ chaque année, en totale contradiction avec l’effort demandé à l’ensemble des finances publiques.
Quant à l’utilisation de l’aéroport, le rapport d’activité de Vinci note, je cite, « une forte hausse du trafic hélicoptère, stimulée par l’éboulement du 1er février 2025, qui a bloqué l’accès routier aux stations de Tarentaise pendant plusieurs jours ». Voilà l’aveu. Ce qui augmente sur la plateforme, c’est l’aviation d’affaires : l’hélicoptère privé pour fortunés pressés de rejoindre leurs stations de ski. Pendant que le trafic de loisir touristique est soutenu à coups de subsides, la plateforme se spécialise dans le transport des plus aisés.
Et pendant ce temps, les Isérois font la queue pour faire le plein. Ils comptent leurs euros face au prix des carburants et à l’inflation. Chaque euro public injecté ici pour fluidifier les trajets des plus fortunés est un euro qui ne va pas aux transports du quotidien des habitants de ce département. Où est la justice fiscale ? Où est la priorité au quotidien ?
Vous l’aurez compris, nous sommes opposé-es à cette gabegie d’argent public.
