Intervention sur le référentiel départemental des aménagements de sécurité routière et des aménagements cyclables – Thierry Badouard

Le groupe IES est attaché à la sécurité routière. Le groupe IES s’associe aux 3 priorités de la majorité que sont la sécurité, la sécurité et la sécurité. Les modifications des référentiels mis au vote vont participer à cet effort collectif. C’est pourquoi le groupe IES votera évidemment ces référentiels techniques.
Un grief tout de même. Ce référentiel retient une vitesse cible de 90 km/h. Or la loi, depuis le 1er juillet 2018, fixe par défaut la limite à 80 km/h. Cette limite s’applique sur les routes où la mortalité routière est la plus élevée. C’est un fait connu : la vitesse est un facteur aggravant dans les accidents. Il faut donc agir pour réduire la vitesse sur les routes. Étrangement, la majorité départementale a choisi de revenir sur la loi. Elle a augmenté la vitesse maximale à 90 km/h sur certaines sections. Les gains de temps sont pourtant très modestes.
Prenons l’exemple du trajet Voreppe–Vertrieu par la RD 1075 — le plus long en Isère sur section à 90 km/h. Sur 81 km, le gain de temps maximal se limite à 6 minutes. Et cela, dans des conditions idéales : route sans trafic, sans feux, sans traversée de village. Faire croire aux Isérois qu’ils gagneront quelques minutes au détriment de leur sécurité relève d’une approche populiste.
Référentiel technique soumis au vote : une manœuvre de diversion ?
En poursuivant la lecture de ce référentiel, une question se pose : pourquoi ce document s’invite-t-il dans l’hémicycle du conseil départemental ? Un tel référentiel est indispensable au bon fonctionnement du partage de la route entre tous les usagers. Mais quel est l’intérêt que les élus se prononcent sur le choix des garde-corps, du type de muret, des merlons, des obligations de marquage ? Et même, page 39, sur “la couleur du dos des panneaux” ?
Le vote de ce référentiel en séance publique semble, en réalité, une manœuvre de diversion. Il permet d’occulter des sujets bien plus importants et éminemment politiques. Où implanter un éventuel pont entre l’Isère et l’Ain ? Comment maintenir le réseau routier tout en répondant aux défis du dérèglement climatique ?
Ces questions méritent un débat public. Le département a fait réaliser des études sur ces sujets. Elles ont coûté plusieurs centaines de milliers d’euros d’argent public. Le groupe IES demande de les rendre accessibles à tous. Il faut ouvrir un réel débat avec les citoyens, les élus et les associations concernés — plutôt que de décider seuls.
D’ailleurs, le référentiel départemental des aménagements cyclables l’indique lui-même comme une bonne pratique (page 12). Échanger avec les associations d’usagers en amont d’un projet permet d’approcher au mieux les besoins des utilisateurs finaux. Cela améliore le projet. Plusieurs associations du Trièves sollicitent d’ailleurs la majorité départementale en ce sens.
Le référentiel cyclable : une avancée bienvenue, mais bien tardive
S’agissant du référentiel cyclable, le groupe IES ne peut que constater : il était temps. Il aura fallu attendre 11 ans pour que la majorité actuelle produise un tel document. Le dernier Guide technique des aménagements cyclables datait de 2012. Depuis 2015, rien n’avait été engagé pour améliorer la sécurité des cyclistes.
Pourtant, l’essor du vélo et des trottinettes électriques offre une alternative crédible à la voiture. C’est notamment le cas pour les trajets pendulaires de courte et moyenne distance. Ces trajets méritent d’être sécurisés. Le référentiel représente une avancée sérieuse à cet égard.
L’intention initiale, exprimée en page 6, est claire. Les aménagements en site propre, hors chaussée, sont à considérer en première approche. Ils apportent le meilleur niveau de sécurité. Chaque cycliste aspire à circuler sans côtoyer des véhicules à 90 km/h ou subir le souffle d’un camion de 44 tonnes. C’est pourquoi le référentiel précise qu’une bande cyclable sur chaussée est une solution non acceptable sur route à fort trafic — soit plus de 7 000 véhicules par jour.
C’est là que le bât blesse.
Trois projets qui contredisent les intentions du référentiel
L’examen de 3 projets récents du Département révèle un écart avec les intentions de ce document. L’élargissement à 3 voies entre Le Rival et Marcilloles coûte 14 millions d’euros. Ce tronçon est fréquenté par plus de 8 500 véhicules par jour. Aucune piste cyclable séparée n’y a été prévue. Le projet des 9 sections de dépassement sur la RD 1075 représente 60 millions d’euros. Le trafic y dépasse 14 000 véhicules par jour en haute saison. Aucune piste cyclable n’y est prévue non plus. Le contournement de Voiron, à 25 millions d’euros, doit accueillir 13 000 véhicules par jour. Là encore, pas de piste cyclable indépendante.
Ces trois projets majeurs ne respectent pas le référentiel soumis au vote.
La majorité départementale dit volontiers dans cet hémicycle : “nous disons ce que nous faisons, et nous faisons ce que nous disons.” Le groupe IES l’invite à appliquer cette maxime aux projets routiers. C’est une question de sécurité — pour toutes et tous, partout en Isère.
