Intervention de Jérôme Cucarollo sur la décision modificative : l’Isère brûle, et le Département regarde ailleurs.

L’Isère brûle et le Département regarde ailleurs.
Nous venons de vivre l’été le plus chaud jamais enregistré en France. Devant 2003. Devant 1976. Selon Météo-France, un tel événement aurait été impossible sans le dérèglement climatique d’origine humaine. Ce ne sont plus des projections, des modèles, des hypothèses lointaines. C’est notre réalité : près de 8 000 décès excédentaires. 98 000 hectares partis en fumée. Quatre pompiers morts en mission.
Et souvenons-nous de cette phrase : nous venons de passer l’été le moins chaud du reste de notre vie.
Cet été a montré concrètement nos vulnérabilités : incendies, manque d’eau pour les cultures, bâtiments publics et privés inadaptés. Ces crises ne frappent pas tout le monde de la même manière. Les plus fragiles sont les plus exposés : personnes âgées, personnes malades, personnes pauvres. Oxfam France l’a chiffré. Dans les dix départements les plus pauvres, la mortalité liée à la canicule est 31 % plus élevée que dans les dix les plus aisés. Le dérèglement climatique est aussi une question de justice sociale.
Regardez l’Isère. 38,4 degrés à Grenoble le 8 septembre : la plus haute température jamais relevée en septembre. 23 jours au-dessus de 35 degrés à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, contre 18 en 2003, l’été de référence de toutes les catastrophes. Cinq semaines sans pluie dans le Nord-Isère. Cinq semaines.
Une séance en décalage avec le dérèglement climatique
Et au lendemain de cet été cataclysmique, que fait cette assemblée ? Rien. Pire que rien. Aucun rapport de cette séance ne répond au choc que nous venons de traverser : ni pour l’agriculture, ni pour les collèges, ni pour les SDIS, ni pour nos routes. Aucune annonce. Pire : un pas en arrière.
L’aéroport de Saint-Geoirs, d’abord. Le bilan de la concession 2009-2026 démontre un gâchis d’argent public. Le Département a dépensé 50 millions d’euros pour soutenir un modèle économique qui ne marche pas : environ 250 000 voyageurs par an, pour 900 000 prévus. La nouvelle concession est confiée à un opérateur privé. Elle prévoit 25,6 millions d’euros, dont 18,7 millions de subvention d’exploitation. Elle repose sur une hypothèse de croissance du trafic de 33 %. Cette hypothèse est irréaliste, et nous le savons tous. Il faut arrêter cette hémorragie de 2 millions d’euros par an. Il faut réorienter ces moyens vers la jeunesse : collèges, cours Oasis, protection de l’enfance.
La jeunesse, ensuite. Il y a là un vrai enjeu de santé publique : sommeil, alimentation, cyberviolence, harcèlement. L’Anses l’a documenté en janvier 2026. La seule réponse de la majorité est l’appel à projets « Portable en pause ». C’est une mesurette de contrôle, qui ne répond à aucune des préconisations de l’Anses. Aucun résultat chiffré sur les six collèges de l’expérimentation. Un transfert de charges : le Département paie les pochettes, les collèges et les familles gèrent le reste. Un dispositif déjà déjoué : en Haute-Savoie, les élèves en ont fait des tutoriels sur TikTok dès le premier jour. Nous réclamons de vraies politiques de prévention, d’accompagnement et d’éducation.
Les excédents doivent financer les mesures d’urgence climatique !
La décision modificative du budget 2026 est excédentaire : plus 31 millions d’euros de droits de mutation, 22 millions liés à l’autonomie, 8 millions de taxes d’assurance. Une partie finance la protection de l’enfance et le RSA : nous le saluons.
Mais dans le même temps, le Département retire des crédits d’investissement : 6 millions d’euros pour les pompiers. 3,74 millions pour les collèges. Après cet été, c’est incompréhensible. Les excédents doivent financer l’urgence climatique, pas combler les trous d’une politique de déni.
Nos propositions
Pour la jeunesse, un vrai plan d’éducation au numérique dans les collèges, avec la formation des équipes, qui réponde aux recommandations de l’Anses. Et la réintégration du début des travaux de rénovation thermique des collèges Munch à Grenoble et Les Mattons à Vizille, avant 2028.
Pour les pompiers, les grands incendies de cet été ont mis en lumière des conditions d’exercice de plus en plus difficiles : manque d’équipements face aux feux de grande ampleur, manque de moyens humains, matériels de protection inadaptés. Et le reste de l’année, les sollicitations explosent : plus de 50 % d’interventions de secours aux personnes depuis 2010, relevages, carences d’ambulances privées, urgences de proximité qui ferment. Le vœu porté par notre groupe doit être entendu.
Notre mesure phare, enfin. Avec 25 millions d’euros par an, la dotation territoriale fait du Département le premier partenaire des communes pour rénover leurs bâtiments : écoles, équipements sportifs, mairies. C’est un levier majeur pour la transition climatique. Le bonus énergétique de 10 % est accordé pour un gain énergétique atteint. Il incite les communes à des rénovations ambitieuses. Nous demandons de maintenir ce bonus et de l’abonder.
Conclusion
Mes chers collègues, l’Isère a brûlé cet été. Elle brûlera encore. La seule question qui vaille, c’est : que faisons-nous, ici et maintenant, pour qu’elle soit prête ?
Je vous remercie.
