
Lors de la séance publique du 27 mars 2026, Thierry Badouard est intervenu à propos des Actions d’adaptation d’organisation de la collectivité pour renforcer son action en prévention et protection de l’enfance
Notre département fait face à trois difficultés majeures. Elles mettent sous tension notre action publique en matière de prévention et de protection de l’enfance.
En premier lieu, l’augmentation constante des demandes impose une adaptation rapide. Elle est notamment liée à l’arrivée de mineurs non accompagnés. Nos dispositifs d’accueil et d’accompagnement doivent évoluer en conséquence.
Ensuite, la saturation de certains dispositifs complique les réponses apportées. Cela concerne l’accueil d’urgence comme le suivi éducatif. Cette situation peut entraîner des réponses inégales selon les territoires.
Enfin, les situations sociales et familiales sont de plus en plus complexes. Les vulnérabilités sont multiples. Les parcours sont souvent chaotiques. Cela appelle une adaptation continue de nos méthodes et de nos moyens.
Nous mesurons pleinement l’ampleur des enjeux. La collectivité doit maintenir une action efficace, humaine et cohérente. Elle doit rester au service des enfants et des familles.
Nous souhaitons également rendre un hommage appuyé aux agents de l’Aide sociale à l’enfance. Leur engagement quotidien auprès de publics vulnérables est remarquable. Ils sont confrontés à des réalités parfois très dures. Cette mission les expose à une charge émotionnelle importante.
Soutenir les professionnels pour garantir la qualité de l’accompagnement
Nous savons aussi que ces professionnels se nourrissent des réussites du quotidien. Ils voient les enfants grandir, s’autonomiser et s’émanciper. Ils contribuent à former des adultes libres et équilibrés.
Pour tout cela, notre groupe tient à les remercier. Nous saluons leur professionnalisme et leur sens du service public.
Beaucoup ont choisi ce métier par engagement. L’attraction pour le facteur humain est centrale. Il est donc essentiel de prévenir l’usure professionnelle. La perte de sens doit être combattue.
Soutenir les agents est indispensable. Cela passe par des espaces d’analyse de pratique. Cela suppose aussi de la formation, de la supervision et de l’accompagnement. Ces dispositifs garantissent la qualité des prises en charge.
Nous saluons les actions déjà engagées en ce sens. Toutefois, un référent pour 30 enfants reste insuffisant. Cette présence adulte ne correspond pas à la complexité des situations.
Nous saluons également la coopération avec les partenaires institutionnels et associatifs. Les adaptations engagées vont dans le bon sens. La modernisation des moyens est réelle. On peut citer la démarche des Modes opératoires innovants en prévention. L’internalisation du service d’accueil d’urgence “Émeraud” en est aussi un exemple.
Interroger le soutien aux acteurs de terrain
Toutefois, une politique publique doit s’incarner dans des moyens durables. C’est pourquoi nous interrogeons la majorité départementale sur le soutien aux partenaires.
Les lieux de vie créés récemment ont parfois rencontré des difficultés. Certains ont même fermé après quelques années. Ont-ils bénéficié d’un accompagnement suffisant ? L’appui administratif et juridique était-il à la hauteur ?
Les porteurs de projets sont souvent des professionnels de l’enfance. Mais gérer un lieu de vie implique de nouvelles responsabilités. Cela suppose des compétences élargies.
La question se pose aussi pour les tiers dignes de confiance. Ce mode de placement est appelé à se développer avec la loi Taquet. Quel accompagnement humain leur est proposé ?
La majorité départementale envisage-t-elle de s’inspirer de la Métropole de Lyon ? Celle-ci a créé un service dédié en novembre dernier. Il accompagne les accueillants bénévoles sur les plans éducatif, administratif et émotionnel.
Par ailleurs, quelles perspectives concrètes sont prévues pour les assistants familiaux ? Leur isolement reste une réalité préoccupante. Il est particulièrement marqué sur les plans éducatif et psychologique.
Leur rôle est pourtant essentiel. Les signes de découragement se multiplient. Dans ce contexte, pourquoi ne pas les avoir intégrés au plan de formation sur les violences intrafamiliales ?
Renforcer la formation et prévenir les risques psychosociaux
Les formations sur les nouvelles pratiques sont indispensables. L’évolution du cadre législatif l’exige également. En la matière, le plan proposé est ambitieux.
La formation de huit jours sur les violences intrafamiliales était exemplaire. Elle a permis un réel changement de regard. Elle a fait évoluer les pratiques.
Cependant, l’accompagnement au changement reste insuffisant. Il n’est pas encore pleinement mis en œuvre. Pourquoi cette situation perdure-t-elle ?
Par ailleurs, les guides pratiques utilisés en Isère n’intègrent pas encore ces apports. Cette incohérence pose question.
Enfin, au moins un audit interne a révélé une forte souffrance au travail. Des cris et des pleurs ont été signalés. Cette situation est préoccupante.
Des évaluations des risques psychosociaux sont-elles systématiques ? Sont-elles mises en place dans les services en difficulté ? La majorité départementale doit apporter des réponses claires.
Conclusion
Pour conclure, nous partageons une conviction forte. La protection de l’enfance dépasse le cadre d’une politique sociale. Elle constitue un engagement collectif et moral.
Cet engagement concerne les plus vulnérables. Il doit guider chacune de nos décisions.
Nous resterons attentifs et exigeants. La mise en œuvre concrète des mesures sera déterminante. Le dialogue avec les partenaires est essentiel.
Les acteurs associatifs et professionnels sont indispensables. Sans eux, aucune politique de l’enfance ne peut réussir pleinement.
C’est dans cet esprit que nous avons posé ces questions. Nous espérons que la majorité départementale y apportera des réponses précises.
