
Lors de la séance publique du 27 mars 2026, Pauline Couvent est intervenu pour porter la position du groupe IES au sujet de la protection de l’enfance en Isère
« L’enfant doit être notre souci. Et savez-vous pourquoi ? Savez-vous son vrai nom ? L’enfant s’appelle l’avenir. » Cette citation de Victor Hugo rappelle l’exigence collective qui nous incombe. Elle prend tout son sens pour les près de 7 000 enfants et jeunes confiés aujourd’hui à l’aide sociale à l’enfance en Isère.
Avant toute chose, il convient de saluer le travail des agents du Département, des travailleurs sociaux et des associations, qui accompagnent au quotidien ces enfants dans des situations souvent complexes, avec un engagement remarquable malgré des conditions d’exercice parfois difficiles.
Des avancées à saluer, mais des réponses encore partielles
Le plan présenté témoigne d’une ambition certaine sur plusieurs enjeux majeurs de la protection de l’enfance, notamment les conduites prostitutionnelles, l’implication dans les narcotrafics, la prise en charge de la santé psychique ou encore le repérage des violences sexuelles dans les structures d’accueil. Il met également en valeur de nombreuses actions déjà engagées.
Cependant, il révèle aussi une approche qui tend à cibler en priorité les situations les plus médiatiques. Or, sécuriser les parcours des enfants ne consiste pas uniquement à gérer les situations les plus graves, mais aussi à agir sur les causes qui les produisent.
Certaines mesures constituent de réelles avancées. La création d’une structure spécialisée pour accueillir des jeunes en situation de prostitution traduit une volonté d’adaptation à des problématiques spécifiques. De même, la sensibilisation systématique des jeunes aux risques liés aux narcotrafics dès leur arrivée en foyer va dans le bon sens.
Toutefois, ces initiatives laissent en suspens des questions importantes, notamment celle des mineurs non accompagnés exploités par des réseaux, déjà soulevée au sein de l’assemblée départementale.
Sur la santé psychique, le projet de centre de soins inspiré du modèle Asterya en Île-de-France représente une évolution positive vers une prise en charge globale et coordonnée. Mais il reste aujourd’hui à l’état de projet et ne concernera qu’une partie des enfants. Parallèlement, le désengagement financier du Département à l’égard d’un acteur de terrain, pour un montant relativement limité, fragilise le suivi psychologique d’une centaine d’enfants chaque année. Cette situation interroge sur la cohérence globale de l’action publique, alors même que la santé mentale suppose un accompagnement dans la durée et un investissement en prévention.
De nombreux impensés et angles morts
La formation au repérage des violences sexuelles, également prévue dans le plan, constitue une avancée nécessaire. Cependant, sa mise en œuvre se heurte à une difficulté structurelle : la crise du travail social. Dans un contexte de turn-over élevé et de manque d’attractivité des métiers, la question du remplacement des professionnels en formation se pose avec acuité.
Cet enjeu met en lumière un angle mort majeur du plan, celui des moyens humains. Sans professionnels suffisamment nombreux et formés, les ambitions affichées risquent de rester théoriques.
Un autre point de vigilance essentiel concerne la lutte contre l’inceste. Si les violences intrafamiliales sont davantage évoquées ces dernières années, l’inceste constitue une réalité spécifique qui nécessite des réponses adaptées en matière de repérage, de prise en charge et d’accompagnement.
Or, ces dimensions apparaissent encore largement absentes du plan présenté. Cette lacune est d’autant plus marquante que les travaux de la CIVIISE ont mis en lumière l’ampleur du phénomène, avec des chiffres alarmants à l’échelle nationale.
Conclusion : un plan utile mais insuffisant pour sécuriser les parcours
En définitive, ce plan propose des réponses à des risques réels et visibles, mais il laisse de côté des enjeux tout aussi essentiels pour garantir la sécurité et la stabilité des parcours des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance.
C’est pourquoi, malgré les avancées qu’il comporte, nous faisons le choix de nous abstenir sur ce rapport.
